Dimanche 30 août 2009
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J'ai eu récemment la chance de naviguer sur Lak, un vieux gréement de 1939...
Ci-dessous, avec mes mots et un peu de recherche, le résumé de son histoire bien peu ordinaire :
Il fut déssiné en 1939 par le célèbre architecte naval français André Mauric. Construit aux chantiers Grassi, dans l'anse du Pharo à Marseille, pour le compte du Marquis d'Avilla. Gréement
légendaire par son histoire, comme par la notoriété de ses propriétaires puisque le plus célèbre fut le baron Bich.
André Mauric racontait : " lors de la première sortie en mer que nous effectuâmes, le marquis, son épouse et moi, dès notre retour, un gendarme nous attendait pour nous signifier que le
bateau était désormais consigné à quai ". La guerre venait d'éclater et la navigation de plaisance interdite.
Afin que son lest ne soit pas récupéré par les occupants, il fut caché sous une montagne de charbon aux chantiers Grassi (alors reconverti pour la cause en marchant de charbon de bois).
La deuxième guerre mondiale passa et Lak échappa à ses turpitudes. Aujourd'hui encore beaucoup disent (à tort) que cela explique la couleur noire de sa coque...
La suite pourrait paraître romancée et j'avoue que les faits ne sont pas très clairs...
Lak aurait eu une jeunesse délirante et
mouvementée puisqu'il aurait été confié a des militaires américains basés en rade de Marseille. L'histoire dit que des créatures plus passionnées par les jeux de l'amour que ceux des régates
auraient séjournées à bord... Faits réels ou rumeurs ? A vérifier.
Cependant, fait réel là par contre, il s'avère que lorsque l'un des propriétaires à souhaité le récupérer et le tiré de l'anse du¨Pharo où il était échoué, ce fut impossible. Le voilier était
planté sur une "matte" de bouteilles de champagne, vides, bien entendu !
Après le Marquis d'Avilla, le premier propriétaire identifié est Pierre Fieux. On ne sait pas quand ni à qui il l'aurait acheté...
Cet ingénieur à la Société des moteurs Baudouin est entré à la Société Nautique de Marseille en 1934 avec un bateau dénommé Bacchus. Deux ans plus tard, il figure dans l'annuaire du club
avec un cotre novégien dénommé Lak. Ce ne peut donc être celui de André Mauric puisqu'il le dessina en 1939.
De surcroît, il ne s'agit pas d'un "Novégien". Enfin le Lak d' André est connu sous le nom de Lak II et l'on retrouve son sillage sur de belles photos en 1947 à la première
place de la course-croisière Cannes-Ajaccio-Porquerolles et en 1954 comme concurrent dans un triangle à Sanremo. Il appartient bien à Pierre Fieux. C'est d'ailleurs Pierre Fieux qui l'a baptisé
Lak, deuxième du nom pour lui. On ne disait pas Lak deux mais "Lakeu", en prononçant à l'allemande, comme " la queue", ajoutait avec humour André Mauric...
/NDLR : Dès ma montée à bord j'ai bien entendu posé la quetion "que veut dire Lak ?" On m'a alors répondu : saumon en norvégien. Après une
petite recherche il s'avère que saumon en norvégien s'écrit "Laks", au singulier et "Lakser" au pluriel. Viens alors à mon esprit torturé le doute suivant : Pourquoi avoir appelé ce bateau Lak et
pas Laks (pour dire saumon) ? Une simple erreur de traduction, une mauvaise information ? Ou tout simplement le fruit du hasard ?/
Le deuxième propriétaire connu fut le marseillais Maurice Pommé. Il le gardera seulement quelques années et sillonera plusieurs fois la Méditerranée. Lors d'une escale dans la rade d'Hyères
Maurice Pommé à la barre de Lak rencontre comme voisin de panne le baron Marcel Bich. Nous sommes en aôut 1957. Le baron est invité à bord de Lak et le soir même le voilier
change de propriétaire.
Quand il retrouve son épouse et ses enfants pour annoncer son acquisition, Marcel Bich a bien l'intention de ne rien toucher sur Lak dont il veut en faire un bateau familial, sans
guindeau mais avec des palans, un point c'est tout !
Le voilier est l'un des premiers à faire son port d'attache dans le bassin du port Saint-Pierre à Hyères. Il est mouillé en plein milieu et son nouveau propriétaire s'offre le luxe d'un splendide
Riva comme annexe !
/NDLR : Le milieu voileu d'Hyères ainsi que les
anciens disent que le port d'Hyères fut construit autour du Lak.../
En 1957 le baron se préoccupe exclusivement des ses activités industrielles et il n'a pas encore en tête le destin nautique qu'il va bientôt s'imposer et qui fera date dans l'histoire mondiale du
yachting. En effet, il se découvre après une résussite de capitaine d'industrie une vocation de capitaine tout court.
En 1966, il se lance donc comme défi qui va placer Lak , ce voilier des années 30, dans le sillage de la plus belle aventure à laquelle un passionné de voile puisse rêver : la Coupe de
l'America.
Pour se préparer à cette course le baron rachète trois 12M JI qu'il amarre à Hyères à proximité du Lak : le challenger anglais Sovereign puis Kurrewa, son sitership et le
defender américain Constellation, vainqueur en 1964.
Il convainc les Américains de modifier le drastique règlement, en faisant organiser des éliminatoires entre les challengers, afin de pouvoir dès 1967, s'inscrire à la Coupe de 1970 et ne pas devoir
attendre six années de plus. Malgré toute la puissance de sa volonté pour financer trois défis successifs, il ne réalisera pas son rêve d'affronter le defender de la coupe.
Au sujet du baron Bich, André Mauric disait qu'il était un homme sincèrement amoureux de la mer et des bateaux.
Un nouveau chapitre de la vie du Lak débute en 1969. L'acte de francisation en apporte la confimation : le bateau passe dans les mains de Roger Laforest, un proche du baron Bich
avec qui il est en affaire et dont celui-ci détient même des brevets liés à certains produits (stylos et briquets).
Lak , fidèle aux habitudes prises en marge de la Coupe reste un bateau familial mais également un voilier-école de course-croisière.
Roger Laforest, comme Marcel Bich, pris dans le maelström d'affaires en pleine expansion, confie la gestion de Lak à un de ses amis, le colonel Foulley. Choix qui n'a rien d'innocent,
puisque le colonel est en relation avec les services du sport aux Armées, il va être l'homme du rapprochement avec l'école sportive de Fontainebleau de la Défense nationale pour la mise à
disposition d'équipiers pour le défi français de l'America.
Lak participa aussi à La Nioulargue, le trophée André Mauric, les Voiles de Saint-Tropez, Porquerolles Classic, Régates Royales...
Ce sérieux n'exclura jamais le plaisir de naviguer, si l'on en croit les souvenirs du colonel Roger Vanni, l'actuel skipper de Lak, recruté par le colonel Foulley pour être son second et
son successeur.
Guy Laforest, fils de Roger, est l'actuel propriétaire.
Suite à l'échouage de Lak en 2004 à son quai dans le port d'Hyères, Guy décida de le faire restaurer intégralement et strictement comme il fut conçu à l'origine. Sa
restauration a eu lieu à la Ciotat dans les chantiers Classic Works, l'opération à durée 18 mois.
Informations techniques :
Longueur HT : 14 m
Longueur à flottaison : 10.45 m
Largeur : 3.14 m
Tirant d'eau : 2.35 m
Surface de voile : 104m²
Membrures : Acacia
Bordé : Acajou riveté cuivre
Accastillage de pont : Barlow, Classic Works, Davey, Dryade
Voiles : Gateff
Moteur : Volvo MD IID
Lak
Roger Vanni
Michel Gastaldi
Richard Aleyrat
Guy Laforest
Merci à Guy Laforest et Brigitte (sa soeur), Roger Vanni et Richard Aleyrat (dévoués à ce bateau
et véritables passionnés) ainsi qu'à mon ami Michel, formidable skipper... ;-)
Extrait du 1er reportage
:
http://www.jeromericoul.com/zenphoto/index.php?album=Voile%2FLak+1939
Article Var Matin - Octobre 2008
Par Jérôme Ricoul
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Publié dans : Divers
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